LE CHRONOMETRAGE SUR LE TOUR DE FRANCE INTERVIEW DE JEAN-PAUL BROUCHON
ENTRETIEN AVEC JEAN-PAUL BROUCHON
FESTINA Blog a contacté Jean-Paul BROUCHON*, ancien reporter de course pour la Radio et « historien » du Tour pour en avoir couverts plusieurs dizaines.
Grâce à lui et à S. LAGET (L’Equipe), nous avons pu reconstituer un bref historique du chronométrage sur le Tour de France.
Dès le premier Tour, en 1903, les temps des arrivées sont enregistrés à la seconde près, ce qui était déjà un luxe puisque les étapes étant longues (Paris-Lyon par exemple pour la première étape**), les écarts étaient plutôt conséquents. Songez que Maurice Garin le vainqueur final terminera avec trois heures d’avance sur le second soit en fait plus de 10.000 secondes !
En 1904, le chronométrage est identique bien que mieux assuré car les organisateurs ont tout mis en œuvre pour être à l’arrivées bien avant les coureurs !
De 1905 à 1912, le classement d’effectue aux points (1 Pt au vainqueur, 2 au deuxième et 4 au troisième). Le chronométrage n’a donc plus de valeur pour la classement de la course. Il reste néanmoins très utile pour établir les moyennes horaires.
A noter qu’en 1908, un « contre-la-montre » a lieu au Parc des Princes puisque les concurrents s’affrontent sur un tour de piste chronométré au 1/5ème de seconde afin d’établir le classement de l’étape.
En 1913, c’est le retour du classement au temps avec une mesure au 1/5 de seconde.
Entre les deux guerres , le chronométrage reste manuel au début puis électrique avec déclenchement manuel, la plupart du temps doublé en 100% manuel.
La photofinish fait son apparition dans les années 60 et est généralisée depuis la fin des années 70.
De mémoire de suiveur, il n’y eût qu’une erreur de chronométrage dans toute l’histoire du Tour. C’était en 1951 lors de l’étape contre-la-montre d’Angers. Louison Bobet fût déclaré vainqueur. L’ensemble de la caravane s’en étonna et avant tout H. Koblet qui avait visiblement mis moins longtemps que le Français pour couvrir la distance. Les chronométreurs vérifiant leur données ont reconnu l’erreur d’une minute. Le chrono de Koblet fut donc corrigé.
(*) actuellement J-P BROUCHON suit le Tour pour le Groupe Hachette. Il est également présent dans la matinée sur l’émission de France 3 « En attendant le Tour » et enfin dans « Le club de la presse » lors de l’émission « Velo-club ».
(**) A l’arrivé de la première étape du Tour 1903, il n’ya avait pas de juge à l’arrivée car G. Lefèvre chargé de prendre les temps était encore dans le train lorsque les premiers arrivèrent. Heureusement le premier starter connaissait l’heure de départ et put ré-établir les temps d’arrivée.
FESTINA BLOG : Mr BROUCHON en tant que reporter radio comment faites vous pour connaitre les écarts de temps ?
La plupart du temps, nous sommes informés par Radio Tour ou par l’ardoisier et faisons avec. En fait pour Radio France nous avions une moto derrière les échappés et une seule moto info pour le direct. Le principe était que la moto échappée donne des Tops par radio interne comme par exemple : « TOP pour les échappées au panneau entrée dans Luchon » ensuite la moto direct pouvait prendre un écart au même endroit.
Il n’y avait donc aucune précision dans cet écart, mais ce n’est pas vraiment important en soit.
Au passage de cols, il m’arrivait de rester en haut jusqu’au Gruppetto et de donner tous les écarts. La moto échappée m’informait des événements pour le direct.
FESTINA BLOG : Et sur les contre-la-montre ? Vous ne pouviez pas suivre les coureurs à deux motos !
En fait j’avais adopté une solution qui était de laisser pendre une micro juste aux dessus du bureau des juges et chronométreurs. J’avais donc tous les écarts dès leur annonce officielle. Aujourd’hui c’est finalement le même principe puisque grâce à Radio Tour et à l’intranet du Tour, tous les connectés ont accès aux données en temps réel. L’informatique a rendu cela plus facile car toute la salle de presse a à disposition les écarts en temps réel, les statistiques etc…
FESTINA BLOG : Quels sont les écarts, les chronos qui vous ont vraiment marqués ?
Les 8’’ entre Fignon et Lemond incontestablement…quelle tension ! Ensuite Merckx à Mourenx et Ocana à Orcières Merlette.
En ce qui concerne les chronos, je me souviens aussi de celui de 1985 ou Lemond gagne l’étape avec 5’’ d’avance sur Hinault après plusieurs retournements de situation aux divers points de contrôle.
En fait c’était la première étape des temps modernes du chronométrage. Je m’explique : aujourd’hui grâce au GPS, vous pouvez estimer les écarts pratiquement en continu. A l’époque cela n’existait pas. Mais une association de minitélistes avaient installé des postes tous les 5 km environ et rentraient les temps de passage. C’est ainsi que Hinault et Lemond, par l’intermédiaire des directeurs sportifs, étaient parfaitement au courant des écarts et que Hinault a laissé la victoire à l’Américain.
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