FEST'TECHNO - INTERVIEW DE J. PITALLIER, PRESIDENT DE LA F.F.C.
INTERVIEW DE MR Jean PITALLIER, PRESIDENT DE LA FEDERATION FRANCAISE DE CYCLISME – Réalisée le 21/06/2007
Entre Dauphiné Libéré, Championnats de France et préparation du Tour de France, il n’était pas facile de joindre les instances fédérales, cependant Mr J. PITALLIER – Président de la FFC - a bien voulu accordé quelques minutes de son temps au blog Festina pour nous répondre à nos questions. C'est surtout sur son passé en tant que chronométreur que le blog FESTINA a souhaité s'attarder :
Festinablog : Mr le Président, nous vous avons contacté essentiellement pour que vous nous parliez de votre passé en tant que chronométreur Fédéral. Mais rappelez nous d’abord votre parcours.
J.P : Je suis parisien d’origine et ai toujours aimé le cyclisme. Dans ma jeunesse j’ai été coureur amateur de 1ère catégorie. Mais envoyé en Algérie pendant la guerre, je n’ai plus exercé et n’ai pu maintenir un niveau correct. Non pas que j’aurais fait un grand champion, je n’en avais pas les capacités mais cela atout de même été un frein. De retour d’Algérie j’ai repris un peu la compétition j’ai rapidement passés les examens pour devenir commissaire régional puis national et international.
En 1961, j’ai commencé à passer examens pour devenir chronométreur, là-encore d’abord régional puis fédéral. Je prenais des cours avec Mr L. Robrieux qui officiait à l’époque sur les plus grandes épreuves et était réellement un as du chronométrage.
De 1965 à 1981 j’ai exercé cette fonction sur le Tour de France mais aussi de nombreuses épreuves comme le Tour de l’Avenir, le Dauphiné-Libéré, le Critérium International, Paris-Nice, Paris-Tours ou encore Paris-Roubaix.
En 1981, je deviens secrétaire général de la Fédération et ce jusqu’en 2001 puis suis élu Président de la FFC.
En parallèle de ses activités au sein de la fédération Mr J. Pitallier a exercé le métier d’ingénieur chez Gaz de France jusqu’en 1989.
Festinablog : Lorsque vous exerciez la fonction de chronométreur, comment travailliez-vous ?
J.P : La prise de temps s’effectuait avec un chrono manuel doublé par un chrono électrique Longines à commande manuelle. Nous étions 2 équipes de 2 chronométreurs, chaque équipe travaillait sur son jeu de fiche afin d’y noter les temps manuellement. Etre à deux équipes permettait de recouper les résultats et d’officialiser les résultats. Quand je parle de fiche, chaque équipe de chronométreurs en avait une par coureur et y indiquait les temps au crayon. Il fallait savoir calculer rapidement car on additionnait les temps directement pour les inscrire sur les fiches.
Festinablog : L’ordre d’arrivée est donné par les juges à l’arrivée. Comment travailliez-vous avec eux ?
J.P : Les rôles sont clairement identifiés, les juges s’assure de la régularité de la course et donne les N° de dossards. Nous, en tant que chronométreurs, devons déterminer les écarts et effectuer les calculs de temps. Il y trois grosses difficultés :
- bien identifier les cassures – fonction de l’espace entre une roue arrière et la tangente à la roue avant du coureur suivant.
- effectuer les calculs et les inscrire rapidement sur les fiches.
- Etablir les classements des dix-quinze premiers de manière fiable et rapidement pour qu’il soit diffusé sur les ondes ou encore à la télévision.
Festinablog : Quelle a été l’évolution technique pendant cette période et qu’a- t’elle apporté comme souplesse ou à l’inverse comme difficultés ?
J.P : En 65, nous avions un chrono manuel doublé par un chrono électrique à commande manuelle. Et avons longtemps conservé ce système. La principale évolution est l’apparition de du déclenchement électrique vers la fin des années 70. Mais ce qui a apporté une aide importante, ce sont les machines à calculer, ça rend le travail beaucoup plus simple qu’il n’était. Je crois qu’aujourd’hui ils n’ont même plus à taper les temps tout se fait automatiquement.
Des problèmes il y en avait au début car les personnes de l’informatique étaient assez novices et confondaient le classement des points chauds avec celui de l’étape ou du maillot vert.
Des problèmes il y en avait au début car les personnes de l’informatique étaient assez novices et confondaient le classement des points chauds avec celui de l’étape ou du maillot vert.
Festinablog : Quand avez-vous utilisé la photofinish pour la première fois ?
J.P : Elle existait déjà en 1965 mais ne servait qu’en cas de doute. Je me souviens d’une arrivée où nous avions classé Moser dans un second peloton et ce n’était pas évident. Moser était aux premiers rangs cette année-là (1975 certainement –ndlr) et J. Goddet était venu nous voir pour constater sur le film de la photofinish que c’était bien le cas. C’était un outil essentiel pour traiter de ces cas-là.
Vous parliez de difficultés il y eu des cas où le chronométrage électronique s’emmêlait les pinceaux. Je me souviens d’une arrivée à Aix-les-Bains sur la piste cendrée où au lieu de faire l’arrivée au franchissement de la ligne, les coureurs faisaient un tour complet avant. Après une étape de montagne où il y a énormément de petits groupes certains franchissaient la ligne en même temps que d’autres qui avaient encore un tour de piste à couvrir. Nous avions pris la précaution de mettre un chrono à l’entrée pour prendre l’ordre à l’entrée et les écarts.
Festinablog : A l’époque où tout était manuel et calculé mentalement combien de temps mettiez vous pour établir le classement ?
J.P : En quelques minutes je dirai dix à quinze minutes nous pouvions sortir les classements principaux qui intéressent avant tout les journalistes et la direction de course c'est-à-dire les dix premiers de l’étape et du classement général et les leaders des classements annexes. Pour établir le classement complet il fallait entre une heure et une heure-et-demi.
Au Ventoux par exemple après l’arrivée de l’étape au sommet la permanence du tour étant à Malaucène (comme c’était souvent le cas) les officiels y attendaient les classements. Une fois les premiers groupes arrivés une équipe de chrono est descendu et a arrivés en bas on avait établi les classements.
Festinablog : Comment devient-on chronométreur aujourd’hui ?
J.P : Le principe reste le même, il y a de examens à passer pour être chronométreur régional puis fédéral. C’est beaucoup plus facile qu’avant avec les machines à calculer. Les chronométreurs sont formés aux systèmes modernes mais l’apprentissage manuel subsiste. Pour la prise de temps sur piste par exemple, il y a des bandes de contacts ou de rayons électriques mais lors de la formation et des examens, vous devez prendre les temps manuellement.
Festinablog : Combien de chronométreur il-y-a-t-il au niveau fédéral ?
J.P : Il doit y en avoir entre 15 et 20 environ.
Festinablog : Merci Mr Le Président.
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